Février 2009 Georges-Henri Florentin /  Guillaume Chantre

Tempête Klaus du 24 janvier 2009 : toute la filière bois se mobilise en Aquitaine

A peine remise de la tempête de 1999, la filière bois aquitaine doit affronter une nouvelle catastrophe qui a sans doute davantage sinistré le massif forestier. FCBA, avec l'ensemble des acteurs de la filière, s'est rapidement mobilisé pour apporter aux professionnels son expertise technique en matière d'exploitation et de conservation des chablis. Avec les autres organismes de recherche, il participe également aux travaux qui permettront pour l'avenir de limiter les dégâts liés à ces accidents climatiques.

Le bilan de la tempête Klaus qui a ravagé la forêt landaise le 24 janvier dernier est encore provisoire. Aujourd’hui, nous ne connaissons pas encore toutes les conséquences réelles de ce terrible accident. Les estimations sont encore imprécises, compte tenu des mauvaises conditions climatiques qui ont retardé les informations qui devraient nous être fournies par les reconnaissances aériennes et les images satellitaires. Les forestiers (sylviculteurs, coopératives, CRPF, ONF et l’IFN…) s’emploient activement à préciser le chiffrage des dégâts.

Mais on sait déjà que la tempête a touché en Aquitaine une surface importante, très majoritairement dans le département des Landes. Environ 180 000 ha seraient détruits à plus de 40 % dont 140 000 ha détruits à plus de 60 %, avec une majorité de bois cassés, les arbres renversés conservant une meilleure valeur technologique. En 1999, les dégâts en volume avaient été de 32 M de m3 dont environ 28 M de m3 de pin maritime, soit plus de trois années de récolte de cette espèce, et environ une année de la récolte totale nationale de bois. Les volumes approchés sont à ce jour (18 février) de 42 M de m3 dont 40 M de m3 en Aquitaine et 37 de m3 en pin maritime. Les dégâts pour le peuplier sont d’environ 600 000 m3.



Les acteurs de la filière se sont mobilisés dès les premières heures.
FCBA (Contact national : Philippe Monchaux, régional : Guillaume Chantre) participe activement à la cellule de crise régionale, sous le pilotage du Préfet Idrac avec la DRAF et, pour notre profession, par le Comité Interprofessionnel du Pin Maritime avec la Fédération Interprofessionnelle du Bois d’Aquitaine, sous l’animation d’Yves Lesgourgues, Directeur du CRPF, ainsi qu’à la cellule nationale du ministère de l’Agriculture et de la Pêche.
Le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, a annoncé, le 12 février à Sabres, une enveloppe de près d'un milliard d'euros de crédits, sans doute avec l’appui des collectivités territoriales, et de subventions pour la filière bois sinistrée par la tempête. « Pour favoriser la sortie, l'exploitation, la conservation et la vente des bois sur les parcelles sinistrées, l'État va mettre en place des prêts bonifiés pour près de 600 M d'euros qui feront l'objet d'une garantie publique à hauteur de 80 %, soit 500 M d'euros », a indiqué le ministre aux professionnels du bois. Pour le stockage et le transport du bois ainsi que la création d'aires de stockage,
« l'État apportera son aide sous forme d'une subvention de 60 M d'euros », a-t-il ajouté.
« Concernant la reconstruction et la reconstitution de cette forêt, ce sera long, l'État apportera pour cette action 300 M d'euros en huit ans », a-t-il poursuivi.

Une expertise issue de 1999

Au-delà des cellules de crise et des actions d’appui aux professions, FCBA s’est mobilisé pour apporter sa connaissance en matière de conseils, en particulier sur la sécurité pour les exploitations – on sait que les tempêtes ont parfois fait plus de morts après que pendant –, d’organisation des exploitations et de conservation des bois. Dès le 26 janvier, FCBA a mis en ligne sur son site internet (www.fcba.fr) les informations techniques acquises à la suite de la tempête de 1999 et des précédentes par l’AFOCEL et le CTBA : fiches sécurité, mais aussi de nombreux documents sur l'exploitation, le transport, la conservation et la reconstitution des forêts. FCBA a en particulier démontré que l’on pouvait conserver le pin maritime sous aspersion et a défini les conditions de cette conservation. Des essais ont aussi assuré que les éventuels bleuissements du pin maritime n’altéraient pas ses propriétés mécaniques... Ces informations avaient permis aux professionnels de conserver à l’époque environ 1,3 million de m3 de bois. FCBA poursuit dans ces directions en matière d’information et de formation. L’orientation actuellement envisagée par les acteurs est de conserver de l’ordre de 10 M de m3, ce qui nécessiterait environ au moins une vingtaine de sites collectifs. Certains des sites mis en place pourraient être réutilisés, celui de Mimizan par exemple, mais pas tous. D’ores et déjà des sites individuels de conservation sont en lancement.

En ce qui concerne les aspects du futur forestier, la nouvelle installation (courant 2010) du Pôle FCBA « Biotechnologies et sylviculture avancée » à Cestas Pierroton et de la station Sud Ouest, mitoyenne de l’INRA, devrait amplifier les synergies de recherche et développement pour le futur de la forêt landaise. Au-delà de ces actions, FCBA se mobilise, en soutien de ses professionnels, conformément à ses missions en innovation. Il agit en étroit partenariat avec le Pôle de compétitivité Xylofutur dont il est membre du Bureau, dans le développement de nouveaux produits et process pour amplifier les débouchés du matériau bois, stockeur du carbone. Ces actions participeront à la valorisation des arbres tombés comme à l’évolution de l’ensemble du massif.



Il n’en demeure pas moins que cette tempête s’est produite dans un contexte de marché difficile : mauvaise situation du bâtiment, notamment en Espagne, et consommation en baisse. En unissant ses forces, ce que la filière a prouvé dès les premières heures, elle se relèvera, mais le coup porté a été très dur.
En cette mi-février, quelques questions demeurent à régler et font l’objet de discussions entre professionnels et Pouvoirs publics, notamment dans le domaine de l’aide aux sylviculteurs douloureusement atteints, le transport des bois de chablis, le nettoyage et la reconstitution des parcelles ainsi que l’aide au stockage. En complément du plan tempête annoncé par Michel Barnier, l’indemnisation des sylviculteurs privés, majoritaires sur le massif aquitain, ne semble pas possible, mais des réflexions seraient lancées pour élaborer un système d’assurance ou de livret d’épargne tempête.

Et pour demain ?

Suite à la tempête de 1999, les chercheurs ne sont pas restés inactifs. L’INRA et les autres organismes de recherche forestière (FCBA, CEMAGREF, IDF, ENGREF…) ont mené des études sur les facteurs de stabilité des peuplements forestiers. Pour le pin maritime, les facteurs déterminants étaient liés à l’ouverture du peuplement : un peuplement qui vient d’être éclairci est beaucoup plus sensible le temps qu’il se « referme » et à son hétérogénéité en hauteur : un peuplement plus homogène résiste mieux. Les autres facteurs : semis/plantation, mode de reboisement, etc. n’auraient pas d’influence significative. Bien sûr l’exposition au risque augmente avec la durée de rotation. Des gestionnaires en tiennent compte.

En matière d’alternative de plantation, sur les sols landais, pauvres et sableux, les espèces de remplacement du pin maritime sont peu nombreuses. Le pin maritime est l’espèce autochtone la plus adaptée au sol et au climat des Landes de Gascogne. De nombreuses introductions d’espèces ont été tentées depuis un demi-siècle (INRA, FCBA, CPFA…). D’autres espèces de pins, y compris exotiques, peuvent trouver leur place notamment en périphérie du massif : le pin taeda par exemple, est une espèce nord américaine très résistante au vent. Les organismes de recherche et de développement continuent actuellement à travailler sur cette question, au travers du Plan Climat porté par la région Aquitaine.

Sur le plan de la fréquence de coupe, il est possible de cultiver le pin sur des durées très variables, en modifiant le nombre d’arbres par hectare et le régime d’éclaircies. Les modèles de croissance et de simulation des risques sont aujourd’hui opérationnels et permettront de mettre en oeuvre des modes de gestion plus adaptés aux risques majeurs. La diversification des pratiques sylvicoles est souhaitable, en tirant mieux parti de la diversité des stations forestières au sein des unités de gestion, ce qui n’est pas antinomique avec une logique de production de bois optimisée (bois construction, bois décor, emballage, fibres, énergie…).




L’enjeu n’est pas seulement de moduler la gestion sylvicole, ou de changer d’espèces, mais aussi d’apprendre à gérer le risque en termes d’aménagement du territoire. Nous avons à apprendre des territoires forestiers régulièrement soumis à des tempêtes comme en Écosse, en Nouvelle-Zélande ou dans le sud est des États-Unis, qui font perdurer le principe des forêts de plantation dans ce contexte, par exemple grâce à des haies brise-vent. Il existe des techniques pour casser la force du vent au moyen de structures mieux aménagées.

Du côté des sylviculteurs, il leur appartient de se prononcer, dans l’état actuel des connaissances, sur les choix techniques à mettre en œuvre pour le futur. On ne peut plus faire l’impasse sur la réflexion individuelle et collective concernant les risques climatiques. Cette réflexion sera aussi portée par la dynamique interprofessionnelle qui affichera une ligne stratégique.

Faut-il pour autant diminuer la productivité de la forêt landaise ? Le modèle de la forêt cultivée repose sur l’intervention raisonnée de l’homme pour optimiser la gestion de cet espace. La fonction de production marchande de la forêt (résine, puis bois et cellulose) a permis le développement d’une filière performante, riche de 34 000 emplois en Aquitaine, respectant la biodiversité et jouant pleinement le rôle de « pompe à carbone » tel qu’il est attendu par la société pour contribuer à lutter contre l’effet de serre. Pour rester dans la logique du développement durable, l’équilibre écologique n’est possible qu’à la condition de trouver également un équilibre économique. L’enjeu est donc d’adapter les modes de gestion forestière en intégrant pleinement le risque.
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