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Janvier 2009 Paul Magaud

Exploitation forestière en zone de forte pente : des techniques innovantes pour améliorer les conditions de travail et de sécurité

Dans le cadre du projet européen DEFOR, cofinancé par la Région Midi-Pyrénées et la DRAF, FCBA a piloté des tests d'exploitation mécanisée en zone de forte pente. Trois organisations de chantiers et matériels ont ainsi été testées dans la chaîne pyrénéenne.

Les objectifs du Grenelle de l’Environnement et des Assises de la forêt sont d’augmenter la mobilisation de bois (+ 20 Mm3 d’ici 2020) tout en développant une gestion durable des forêts. L’exploitation accrue des zones de montagnes constitue une réponse partielle pour atteindre ces objectifs. En effet, ces milieux sont progressivement délaissés. A titre d’exemple, dans le massif pyrénéen entre 1988 et 2003, la récolte de bois d’œuvre feuillus a été divisée par 2,6 et la récolte de bois d’industrie feuillus a diminué de 30 %.
Des conditions d’exploitation difficiles et dangereuses, un manque de main d’œuvre, des coûts d’exploitation élevés sont les principaux facteurs limitant une exploitation plus dynamique des zones de montagne. En revanche, l’extension des matériels vers de nouveaux domaines (abatteuse spécialisée de pente, câble mât), principalement utilisées dans l’arc alpin (Autriche, Suisse), permet d’espérer un regain de l’exploitation de montagne, en améliorant les conditions de travail et la compétitivité de la récolte.

Trois tests sur le terrain

Dans ce contexte, il était nécessaire de définir les matériels et organisations associées. Un partenariat constructif avec l’ONF, SEBSO, TEMBEC RetD KRAFT et la société Silvatec France a permis la mise en œuvre des chantiers, réalisés par des entreprises locales et francs-comtoises.
Les tests se sont focalisés sur deux aspects. Tout d’abord sur les matériels, afin de définir leurs possibilités techniques, les champs d’actions dans le contexte pyrénéen, l’étude de leur productivité et leurs coûts. Parallèlement, l’analyse de l’organisation du chantier et de la succession des différentes phases d’exploitation a permis d’identifier des facteurs d’amélioration des productivités.
La description et les résultats détaillés des différents tests font l’objet de l’annexe téléchargeable ici.


Des systèmes d’exploitation à optimiser

Les résultats de l’étude des productivités ne sont valables que dans le cadre des chantiers test.
  • Système câble mât – façonnage mécanisé : les rendements assez faibles du système sont en lien avec le peuplement (faible volume unitaire, faible prélèvement, difficulté d’ancrage du câble…) et l’organisation de chantier (engin de reprise non adapté, manque de places de dépôt…). Un système optimisé avec un seul engin de reprise façonnant les bois permettrait d’abaisser fortement les coûts.
    L’augmentation des productivités, notamment celle du câble mât qui détermine la cadence du système, est corrélée aux conditions de peuplement et de récolte (notamment VUM et prélèvement/ha plus important). A titre de comparaison, les systèmes alpins, mobilisant des peuplements plus âgés au cœur d’une sylviculture adaptée à l’exploitation, sont tout à fait performants.
    Cependant, se pose la question des premières éclaircies en montagne. Il existe des petits câbles mâts associés à des tracteurs agricoles, présentant un investissement matériel plus faible, et probablement plus adaptés à ces peuplements. Il semble nécessaire d’étudier ces systèmes, afin d’en déterminer les domaines d’utilisation, les productivités et les coûts, ainsi que les possibilités de déploiement dans les massifs montagneux français.


  • Système abattage mécanisé – skidder : la bonne productivité du système est due aux performances de l’abatteuse et à la grande expérience des conducteurs des deux engins. Cependant, une meilleure organisation de chantier (augmentation du temps productif) et un matériel de débardage approprié permet d’espérer une amélioration.
    Le système grande longueur montre toutefois ses limites en forte pente. L’apparition programmée de porteurs adaptés à la pente permettrait probablement d’améliorer la pertinence d’un système bois court et de réduire les coûts.


  • Le câble synthétique : les tests ont montré tout l’intérêt de cette innovation pour les conducteurs de skidders. Le surcoût d’utilisation, lié à son prix d’achat élevé, reste cependant non négligeable pour les entreprises. L’augmentation de son utilisation permettrait probablement une baisse des coûts de commercialisation. Un cahier des charges spécifique à son utilisation en milieu forestier devrait aboutir à une amélioration (par les constructeurs) de la résistance à l’abrasion, augmentant ainsi la durée de vie et diminuant le coût pour les utilisateurs. L’appropriation rapide des techniques d’installation et d’utilisation par les opérateurs via une formation est également un facteur primordial à sa durée de vie en milieu forestier.
    Télécharger la plaquette "Le câble synthétique en exploitation forestière"


Des bonnes performances environnementales et de sécurité

La dangerosité du bûcheronnage manuel s’amplifie avec la pente. La mécanisation de l’exploitation forestière en zone de pente et l’utilisation de technologies innovantes (câble synthétique) améliore considérablement la sécurité et diminue la pénibilité des opérateurs. L’utilisation de ces systèmes, tout en apportant une réponse à la diminution de la main d’œuvre, est également un nouveau facteur d’attractivité pour les métiers forestiers.

La mesure des impacts environnementaux, qui suit le protocole européen AIR3, montre que :
– Concernant le câble aérien, les perturbations au sol et au peuplement (respectivement 15 % en surface, superficielles, majoritairement sur les lignes et 27 % des arbres) sont bien plus faibles que celles d’un skidder (respectivement 20 % surface et 39 % des arbres sur le même chantier). Cependant, les perturbations sont plus fortes et réparties tout le long de l’arbre.
– Pour le système abatteuse en pente - skidder, les perturbations au sol sont faibles (16 % de la surface), mais à 90 % sévères, en lien avec les tracks de la machine, le passage répété du skidder et les conditions météo défavorables. Sur le peuplement, seuls 13 % des arbres sont blessés, mais les blessures sont sévères et réparties à 80 % sur les racines et le premier mètre de l’arbre.

Au final, la bonne performance environnementale des systèmes testés est avérée.

Ressource forestière et déploiement des systèmes

La récolte de bois sur la chaîne pyrénéenne en 2005 était de 790 000 m3 (source EAB). L’étude de ressource réalisée lors du projet DEFOR indique une disponibilité de 2,2 millions de m3/an. Cette disponibilité, basée sur les données IFN, tient compte de scénarios sylvicoles de croissance et de mobilisation, mais n’intègre pas l’offre et la demande de la filière.

La répartition de ce potentiel disponible selon les systèmes testés (classes de pente, types de peuplements…) fait clairement apparaître la place importante que devraient occuper les systèmes câble mât (près de 700 000 m3/an disponibles). Les abatteuses ont également leur place dans les peuplements résineux, mais à moins grande échelle.

Au-delà de ces estimations de mobilisation, le déploiement des systèmes de montagne est conditionné par l’engagement des détenteurs de la ressource et des exploitants. Le coût élevé de ces matériels nécessite en effet une visibilité de l’activité sur plusieurs années pour permettre aux entreprises d’investir et de s’engager sur ces nouvelles voies.

Par ailleurs, pour rendre compétitif les bois de montagne soumis à une exploitation plus onéreuse, il devient nécessaire d’adapter la sylviculture aux systèmes d’exploitation pour les rendre viables : volume important/ha, espacement des rotations, prélèvement par petites trouées.

Les tests réalisés ont démontré la faisabilité technique de la mécanisation de l’exploitation des résineux en zone de forte pente, permettant d’apporter ainsi une réponse à la mobilisation de bois supplémentaire attendue en 2012 et 2020. Les systèmes et organisations associées méritent encore d’être affinés, afin d’optimiser les coûts de mobilisation et de rendre les bois de montagne compétitifs sur le marché. Des nouveaux matériels sont encore à tester (porteurs adaptés à la pente, petits câbles mât…), afin de déterminer leurs champs d’action et les organisations optimales associées.

Nous remercions tous les acteurs forestiers ayant participé à ce projet, sans lesquels il n’aurait pu voir le jour.

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